jeudi 7 mai 2026

SOIREE ABAAFE AOMAR SOPHIE MAI 2026

 


    

  Aomar BELAID est  natif de OIADHAIAS
 à 25 kilomètres de TIZI OUZOU en Kabylie  (ALGERIE)









"Expulsion" de Aomar BELAID mis en musique par  Brest Babel Collectif chanté par Patrizia Cannatà


"Cours le métèque" de Aomar BELAID mis en musique par Brest Babel Collectif
Chants : Liliane GAHONGAYIRE, Anaig LE NAOU, Patrizia CANNATA


"Peau sombre" de Aomar BELAID mis en musique par Brest Babel Collectif
Chant : Liliane GAHONGAYIRE




C’est un hommage vibrant qui a été rendu à Aomar, habitant du quartier de Pontanézen et ami de l’ABAAFE. 

Arrivé en France à l’âge de 10 ans , il a commencé à écrire après les évènements du Bataclan. 

« Je suis un autodidacte et je suis très heureux que ma poésie parle aux gens.  »

Amour, identité, couleur de peau, racisme, la femme aimée, la mère, la misère, autant de thèmes qui ont parlé à tous. 


La poésie n’a pas de frontières !

La poésie d’ Aomar Belaid, d’origine kabyle et celle de Sophie le Mest, fille d’une formatrice bénévole de l’ABAAFE(Association Brestoise pour l’Alphabétisation et l’Apprentissage du Français ) ont touché, ce soir du 5 mai, le cœur d’un public composite. 

Enseignants bénévoles de Français Langue Étrangère ou d’alphabétisation, étudiants en master de FLE, professeurs d’Université ou apprenants suivant des cours du soir, une cinquantaine de personnes se sont réunies dans la salle bibliothèque de l’association pour écouter de la poésie. 

Pour Sophie Le Mest, c’est avec beaucoup d’émotion que ses parents et le public ont écouté des poèmes, sensibles et beaux sur l’amour, la nature, la mer, le vieillissement, la souffrance d’une jeune femme atteinte de schizophrénie et disparue trop tôt. 

La clarinette de Christophe Rocher de l’ensemble "Nautilis" s’est subtilement mêlée aux textes lus et n’est pas étrangère à cette magie qui peu à peu a saisi la salle. 

Le décor, les lumineuses bannières réalisées par ALFA (association locale des femmes artistes) de  SEDDOUK en Kabylie  (willaya de Béjaia) s’harmonisait à l’ensemble ! 

« On n’a pas l’occasion d’écouter des poèmes et c’est super en fait  ! Il faudra refaire des soirées comme celles -là ! »

Une expérience séduisante à retenir !



Esther AVULETEY en stage actuellement à l'ABAAFE a organisé cette soirée. 
Après avoir remercié tous les partenaires, elle souhaite la bienvenue au nombreux public.



Gilbert ANDRE lit un poème de Sophie LE MEST


Le courage  

A ces arbres qui poussent sur ces rivages balayés par le vent

A ce donjon qui domine encore le paysage malgré le temps qui l'effrite

A cet homme qui a vu sa famille massacrée, et qui se bat encore pour la liberté

A cette force insoupçonnable qui les fait tenir alors que rien ne les retient

S'il est vrai que la mer efface les pas du promeneur sur le sable

L'histoire retiendra la souffrance et la ténacité dont vous fîtes preuve

Votre souvenir persistera à travers les siècles, donnant force aux enfants

Qui cherchent un sens à leur vie dans ce monde dissimulateur

Hommes libres et volontaires, ce n'est pas en vain que vous persistez!



Annie et Pascale lisent un poème de Aomar BELAID


 PEAU SOMBRE 

Je viens d'une peau mate,

le complément de ce que je suis.

Ma peau foncée, héritée d'autres depuis la nuit des temps,
porte en elle l'honneur de te refléter sur mon visage.

Et ce bonheur, je le vis à chaque instant.

 

Si tu permets, laisse-moi poser mes mains sur toi,
pour t'aimer, peau d'amour, dans ton immensité.
Je t'offre le ciel bleu aux couleurs de l'été,

et je te promets que, face à toutes les haines,
le genou à terre n'aura jamais lieu.

 

D'où je viens, ma peau est mon identité.

J'ai envie de te vivre dans le bonheur de mon âme.
Personne ne pourra nous gâcher :

nous sommes l'éternité.

 

Ma peau bronzée, ma raison d'exister,
fruit de ma richesse sans faiblesse,
d'un amour venu de l'intérieur.

Je m'offre à toi dans un bonheur
qui atteindra la fin des temps.

 

Je porte un visage de couleur,

couleur d'espoir, couleur d'amour.
Elle s'est posée sur moi

depuis le jour où je suis venu au monde.

 

Pour témoin, le regard de la divinité.
Ma peau sombre, je t'aime.

Tu ne seras jamais un problème,
mais toujours la solution.

 

Ma peau noire, blessée,

tes plaies se fermeront à jamais,
loin des loups aux aguets.
Nous, les frères de l'humanité


Christian CHAPALAIN est formateur à l'ABAAFE. 
Il sait que son ami Aomar est aussi passionné par le jardinage. 
Avec l'aide "désintéressée" de l' I. A. (l'intelligence artificielle), 
il a composé le poème qui suit:

La parcelle retrouvée. 

À l’aube grise entre béton et bitume,
Il descend de Ponta, tour après tour,
Escaliers tagués, cages d’ascenseur qui fument,
Ciel bas posé sur les toits comme un tambour sourd.

Il vient de là — de Ponta la dense,
Balcons serrés, lessives battues par le vent ;
Il y a appris la patience et la défense,
Une poésie, émaillée d’un lyrisme prégnant.

On lui avait saisi sa parcelle à Keroual,
En lisière des routes, des talus, des hangars ;
Des scellés administratifs, froid arsenal,
Avaient cloué ses saisons sous des cachets blafards.

Longtemps, de sa fenêtre au béton ébréché,
Il regardait filer les bus vers la périphérie,
Rêvant d’humus sombre à pleines mains arraché
Au vacarme urbain, aux sirènes en furie.

Aujourd’hui, le cadenas cède avec un cri bref.
La grille grince — riff rauque d’une guitare.
Derrière les murs tagués, sous un ciel un peu veuf,
Sa terre attend, têtue comme un phare.

Keroual. Le nom claque, salé par l’ouest.
Il s’accroupit, pose ses paumes sur la glèbe ;
Sous le grondement lointain de la voie vers Brest,
Un ver trace en silence une ligne de sève.

Ses mains, tannées par le sport et la nuit,
Retrouvent la rumeur lente des racines ;
Chaque mot qu’il semait contre l’ennui
Devient graine vive dans la terre marine.

Chaque plant est un vers, chaque sillon un cri,
Un slam planté dru dans la glaise compacte ;
Il parle au vent d’ouest comme à un vieil ami,
Et le légume répond bas, obstiné, intact.

Un moineau passe. Un merle insiste. La ville vibre.
Il lève les yeux, sourit — rien ne l’intimide.
Son rire fend la brume, clair, farouche et libre,
Comme une fleur debout sur un trottoir livide.

Heureux, il relie Ponta à Keroual
Par la simple trajectoire de ses pas.
Entre la tour et le champ, fragile intervalle,
Il trace un pont de terre que nul ne confisquera.
Bas du formulaire







Annie et Ali lisent un poème de Aomar :

Mère adorée

 

Mère adorée, ma mère adorée,

Si loin de moi, partie dans l'au-delà.

Parfois je ressens ta présence,

Ton image est accrochée à ma mémoire pour l'éternité.

 

Ma mère adorée,

Tu es le bonheur de mes yeux.
Le chagrin a failli avoir raison de moi,
Le chagrin a failli avoir raison de moi.

 

Ta disparition était trop lourde à vivre.
Si tu me vois, si tu m'entends,

Ma mère adorée, fais-moi un signe.
Chante-moi ta chanson,

Rappelle-toi, tu aimais me la chanter
Mes mains sur la guitare,

Je te donnais le tempo.

 

Ma mère adorée,

Si je suis devenu un homme bien,
C'est l'héritage que tu m'as laissé.
Te survivre est une cruauté.
Au sein de ton- paradis, ne m'oublie pas.

 

Ma mère adorée, je t'ai beaucoup pleurée.
Quand je suis au plus profond de ma fragilité,
De mon ressenti, de ma sensibilité,

J'ai l'impression que tu es à mes côtés.

 

Ma mère adorée,

La vie n'est pas un long fleuve tranquille,
Surtout quand le faciès ne répond pas
Aux standards recensés.

 

J'ai pris le parti d'exploiter le pardon.

Il est temps que le malheur succombe,
Dans une existence de sincérité.
J'assume avec amour ma berbérité.








Isabelle LE MEST lit un poème Sophie LE MEST

Sillons

Un mot "amour" écrit frêlement à l'encre bleue

Aussi frêle que le vol des mésanges d'automne

Aussi incertain que la vague salée qui s'efface

Ou réapparaît, mouillant le sable clair d'une plage d'hiver

A l'orée du bois se repaît un cheval solitaire

Tandis qu'un frêne boit le soleil crû de la fin du jour

Les sauterelles jouissent dans l'herbe translucide de plaisirs éphémères

Éphémères comme l'écume le long de la coque d'une prame

Ce que nous réserve demain est un mystère

Plus incertain encore que mystérieux

La réponse, mon ami, c'est le vent qui la souffle

. . . Seul capable de faire avancer les nuages

A travers l'azur calme et délavé du ciel

Demain


Annie lit un poème de Aomar BELAID :

Le visage de la liberté

 

Bonjour, ma liberté,

tu es invisible à mes yeux, tu ressembles à l'Amour.

Je t'aime, mon soleil d'été, liberté de mes idées,
ne me quitte jamais.

 

Dans ce monde désordonné, l'homme que je suis a tout donné.
De ma prison, tu m'as libéré.

Ô ma liberté, mon amour,
surtout, ne change jamais.


Tu as fait écho à mes pensées,
désemparé par la folie humaine,
les plaies se sont enfin fermées.

 

Viens contre ma peau,

liberté de mon esprit, de mon âme,
tu es le soleil de mon destin.

 

Montre-moi ton visage,

pour apprendre les mots de ton langage,

pour t'aimer au meilleur de mon âge,
même au péril de l'existence.

 

Liberté, vérité de notre époque,

guide-moi dans mon quotidien,

pour ne pas sombrer dans les sables mouvants,
pour rester debout face à mes vérités.

 

Le courage en moi,

ce fruit de ma destinée,

ma liberté reste au cœur de mon regard pour l'éternité.




Annie lit un poème de Sophie LE MEST :


       Petit matin  

Bien loin de l'éclat de lumière fulgurant qui nous guette

Il existe la lueur tant attendue du petit matin

Perdue dans des brouillards nuits et roses d'un monde qui résiste

A cet instant on apprécie les bruissements de la vie, le souffle de la bête

Le parfum des roses et les odeurs de trèfle, le claquement du vent,

Les gestes utiles qu'on fait d'un pas léger, tout se répète

Sans ennui dans les champs de l'infini. Le jour nous attend

On ne vit que pour un petit matin

Le jour nous appelle.



Geneviève lit un poème de Sophie LE MEST :


Vieillir 

Elle regardait fixement l’aurore blanchir

Il contemplait distraitement le linge sécher

Ils sentaient l’horizon se rapprocher

Pourtant le ciel restait le seul à pâlir

 

Comme d’autres conservent des trésors

Dans des endroits secrets

Ils savaient que leur amour et leurs gestes familiers

Sauraient seuls décider de leur sort

 

Dans la grande pièce remplie de verres vidés s’évaporent encore

Les ombres des rires et des chants

Préservés par la lumière du temps









Poème d'un auteur anonyme lu par Sayed  en arabe du Soudan :

et voici la traduction en français :

"Si tous les hommes du monde étaient un seul homme
Et tous les arbres du monde étaient un seul arbre
Et toutes les mers du monde étaient une seule mer
Et toutes les haches du monde étaient une seule hache

Et si ce seul homme coupait ce seul arbre d'un seul coup
Et que cet arbre tombait dans la mer
Les éclaboussures seraient vraiment terribles."





Sylviane lit un texte de Aomar BELAID

Les fachos et le métèque

 Cours, cours le métèque,

cours, cours, le métèque ;

Les fachos sont à tes trousses

Pour te trouer la peau, te saigner comme un veau.

 

Cours, cours le métèque,
Les fachos sont derrière toi
Pour te saigner à blanc,
Pour t'exécuter sans réplique.

 

Cours, cours le métèque,
Les fachos sont derrière tes talons,
Ton cas va être scellé ;
Pour eux, ton allure est sans équivoque.

 

Cours, cours le métèque,

Les fachos sont après toi,

Ils vont te crever comme un rat,
Le prix à payer pour ta couleur foncée, suivi de mots prononcés.

 

Cours, cours le métèque,

Les fachos sont derrière ton dos

Pour te trucider sans la moindre pitié,

Périr sûr d'asile et de liberté — le destin t'a oublié.

 

Arrête de courir, arrête de courir, le métèque ;
Les fachos se sont passés le mot,
Ils arrivent de partout pour te lyncher.

 

Ta peau hâlée, c'est leur motif,

Un prétexte pour te chasser, te marquer, te juger ;
Ils voient en toi une faute, un chiffre, une cible —
Mais ta peau porte l'histoire, la force et la dignité.

 

Ton regard dans le vide, le métèque,

Tu es .à l'agonie ; les fachos vont t'achever.

L'au-delà pour te reposer.

Le pardon est en toi dans cette éternité ;

C'est, sans doute, l'amour qui pourra nous sauver.







Pascale MAUNIER-BARRAU lit un poème de Aomar BELAID


La Grande Dame

En marchant vers mes espérances,
Face à moi, je vois venir la grande dame.
Morceau de paradis, âme sublime,
Elle avance — voyage dans la lumière,
Silence dans la prière.

Elle vient de traverser mon être,
Sa main dans la mienne... je l'aime.
Voici venir la grande dame.

De mes yeux, j'ai caressé son âme,
Voyageuse du printemps et de l'automne,
À travers l'immensité je l'aime.
Porteuse d'un grand bonheur,
Je suis l'ombre, elle est la lumière.

Beauté du coeur,


La grande dame, la belle rencontre,
Bonheur d'aimer, chanson à chanter.
L'amour, le bien sur terre —
Je la vois, digne héritière.

La grande dame, souvenance au coeur de l'éternité,
Ses doigts sur ma guitare,
Je joue le mi mineur de sa générosité.

Outra




Un amour provenant de l'intérieur,
La route est libre...
Pour traverser la fin des temps.




 

Cécile lit un poème de Sophie LE MEST

Vrai

J'observe le silence

J'écoute le ciel

Et je hume la mer immense

Je sens, c'est l'essentiel

Pas un bruit dans cette nuit de fer

Pas une seule poussière dans l'air

Sauf cet unique grain de sable

Que je garde dans une main glaciale

Et je ris comme si je pleurais

Mais le sais que plus rien jamais

Ne viendra troubler cet étrange secret

Retenu entre mes deux mains fermées




Nathalie MACE lit un texte de Aomar BELAID

Femme, mon amour

Je t'aime,
femme d'amour,
dans cette immensité,
tu es le trésor qu'il me fallait.

Au jardin des sentiments,
rejoins-moi, je t'attends.
Femme,
tu es plus que belle —

comme une hirondelle,
sois rebelle,
c'est comme ça que je t'aime.

Quand je te vois,
tes cheveux dans le vent,
je t'aime dans ta beauté.
Laisse-moi te regarder,
femme, lumière de mes yeux.

Dans mes chagrins, tu m'as consolé.
En apprenant à pardonner,
j'ai appris à t'aimer.

Femme, mon amour,
un paradis entre mes mains,
ma beauté, mon éternité.
Habille-moi de ton regard,
pour que je livre mes secrets.

Femme, ma raison d'espérer,
pour toi je veux me raconter.
Les blessures de mon âme,
je veux te les dessiner.

Femme, mon soleil d'été,
tu es l'image de la vérité.
Quand je suis tombé dans l'eau,
tu es venue me sauver,
sur le rivage, tu m'as ramené.

Mon amour,
ma rivière à l'eau pure,
ma rose des champs au printemps.
Ouvre-moi le chemin de ton cœur,
je ferai le voyage pour te rencontrer.

Femme, mon amour,
ma vérité, ma liberté,
tu es unique,
Au delà de tout.

Laisse-moi me fondre dans tes rêves,
dans des instants d'éternité,
mon soleil de chaque jour.
L'amour,
c'est toi.




Sylviane lit un poème de Sophie LE MEST


Fleurs d'ajoncs

Je me suis un jour endormie

Entre deux touffes de bruyère

Ma tête appuyée sur une dalle de granite

En haut d'une falaise de schiste

Et le vent de la mer

Dans mon sommeil doucement m'a dit:

 

"Arrête de pleurer sur tes amours perdues

Et respire plutôt le parfum des ajoncs

Leurs effluves suaves et leur odeur sucrée t'emmèneront

Retrouver le bonheur que tu croyais disparu … "

 

"Cette fleur a le don de faire renaître les amours mortes

Que le temps et les larmes ont dissous et cédé à la terre

Car ces buissons épineux lui ont fait un serment rebelle

Celui de faire refleurir chaque printemps le chagrin des passions trompées

En un souriant et tendre brasier doré

Pour qu'en l'harmonie de ces landes égarées, ton cœur enfin se réconforte."



Gilbert ANDRE lit un poème de Sophie LE MEST


Le retour de l'aigle 

La montagne lointaine se fige

Sous le rayon flou du soleil

L'air sec résonne au dessus de l'herbe vermeille

Luisants sont les cailloux et droites les tiges

La rivière a un goût de silence...

Qu'attend la nature aux aguets, si sereine...?

 

Elle attend que d'un coin de l'horizon survienne

L'oiseau brun aux ailes immenses...

C'est sûr, il apparaîtra

Comme une bonne nouvelle arrivant d'un auguste pas

Il s'arrêtera, sur une proche cime

Nous jettera un oeil de son regard sublime

 

Il viendra l'oiseau qui fait éclore les rêves

Nous assisterons, nous aussi, au retour de l'aigle...