C’est un hommage vibrant qui a été rendu à Aomar, habitant du quartier de Pontanézen et ami de l’ABAAFE.
Arrivé en France à l’âge de 10 ans , il a commencé à écrire après les évènements du Bataclan.
« Je suis un autodidacte et je suis très heureux que ma poésie parle aux gens. »
Amour, identité, couleur de peau, racisme, la femme aimée, la mère, la misère, autant de thèmes qui ont parlé à tous.
La poésie n’a pas de frontières !
La poésie d’ Aomar Belaid, d’origine kabyle et celle de Sophie le Mest, fille d’une formatrice bénévole de l’ABAAFE(Association Brestoise pour l’Alphabétisation et l’Apprentissage du Français ) ont touché, ce soir du 5 mai, le cœur d’un public composite.
Enseignants bénévoles de Français Langue Étrangère ou d’alphabétisation, étudiants en master de FLE, professeurs d’Université ou apprenants suivant des cours du soir, une cinquantaine de personnes se sont réunies dans la salle bibliothèque de l’association pour écouter de la poésie.
Pour Sophie Le Mest, c’est avec beaucoup d’émotion que ses parents et le public ont écouté des poèmes, sensibles et beaux sur l’amour, la nature, la mer, le vieillissement, la souffrance d’une jeune femme atteinte de schizophrénie et disparue trop tôt.
La clarinette de Christophe Rocher de l’ensemble "Nautilis" s’est subtilement mêlée aux textes lus et n’est pas étrangère à cette magie qui peu à peu a saisi la salle.
Le décor, les lumineuses bannières réalisées par ALFA (association locale des femmes artistes) de SEDDOUK en Kabylie (willaya de Béjaia) s’harmonisait à l’ensemble !
« On n’a pas l’occasion d’écouter des poèmes et c’est super en fait ! Il faudra refaire des soirées comme celles -là ! »
Une expérience séduisante à retenir !
Je viens d'une peau
mate,
le complément de ce
que je suis.
Ma peau foncée,
héritée d'autres depuis la nuit des temps,
porte en elle l'honneur de te refléter sur mon visage.
Et ce bonheur, je le
vis à chaque instant.
Si tu permets,
laisse-moi poser mes mains sur toi,
pour t'aimer, peau d'amour, dans ton immensité.
Je t'offre le ciel bleu aux couleurs de l'été,
et je te promets
que, face à toutes les haines,
le genou à terre n'aura jamais lieu.
D'où je viens, ma
peau est mon identité.
J'ai envie de te
vivre dans le bonheur de mon âme.
Personne ne pourra nous gâcher :
nous sommes
l'éternité.
Ma peau bronzée, ma
raison d'exister,
fruit de ma richesse sans faiblesse,
d'un amour venu de l'intérieur.
Je m'offre à toi dans
un bonheur
qui atteindra la fin des temps.
Je porte un visage
de couleur,
couleur d'espoir,
couleur d'amour.
Elle s'est posée sur moi
depuis le jour où je
suis venu au monde.
Pour témoin, le
regard de la divinité.
Ma peau sombre, je t'aime.
Tu ne seras jamais
un problème,
mais toujours la solution.
Ma peau noire,
blessée,
loin des loups aux aguets.
Nous, les frères de l'humanité
La parcelle retrouvée.
À l’aube
grise entre béton et bitume,
Il descend de Ponta, tour après tour,
Escaliers tagués, cages d’ascenseur qui fument,
Ciel bas posé sur les toits comme un tambour sourd.
Il vient de
là — de Ponta la dense,
Balcons serrés, lessives battues par le vent ;
Il y a appris la patience et la défense,
Une poésie, émaillée d’un lyrisme prégnant.
On lui avait
saisi sa parcelle à Keroual,
En lisière des routes, des talus, des hangars ;
Des scellés administratifs, froid arsenal,
Avaient cloué ses saisons sous des cachets blafards.
Longtemps,
de sa fenêtre au béton ébréché,
Il regardait filer les bus vers la périphérie,
Rêvant d’humus sombre à pleines mains arraché
Au vacarme urbain, aux sirènes en furie.
Aujourd’hui,
le cadenas cède avec un cri bref.
La grille grince — riff rauque d’une guitare.
Derrière les murs tagués, sous un ciel un peu veuf,
Sa terre attend, têtue comme un phare.
Keroual. Le
nom claque, salé par l’ouest.
Il s’accroupit, pose ses paumes sur la glèbe ;
Sous le grondement lointain de la voie vers Brest,
Un ver trace en silence une ligne de sève.
Ses mains,
tannées par le sport et la nuit,
Retrouvent la rumeur lente des racines ;
Chaque mot qu’il semait contre l’ennui
Devient graine vive dans la terre marine.
Chaque plant
est un vers, chaque sillon un cri,
Un slam planté dru dans la glaise compacte ;
Il parle au vent d’ouest comme à un vieil ami,
Et le légume répond bas, obstiné, intact.
Un moineau
passe. Un merle insiste. La ville vibre.
Il lève les yeux, sourit — rien ne l’intimide.
Son rire fend la brume, clair, farouche et libre,
Comme une fleur debout sur un trottoir livide.
Heureux, il
relie Ponta à Keroual
Par la simple trajectoire de ses pas.
Entre la tour et le champ, fragile intervalle,
Il trace un pont de terre que nul ne confisquera.
Mère adorée
Mère adorée, ma mère
adorée,
Si loin de moi,
partie dans l'au-delà.
Parfois je ressens
ta présence,
Ton image est
accrochée à ma mémoire pour l'éternité.
Ma mère adorée,
Tu es le bonheur de
mes yeux.
Le chagrin a failli avoir raison de moi,
Le chagrin a failli avoir raison de moi.
Ta disparition était
trop lourde à vivre.
Si tu me vois, si tu m'entends,
Ma mère adorée,
fais-moi un signe.
Chante-moi ta chanson,
Rappelle-toi, tu
aimais me la chanter
Mes mains sur la guitare,
Je te donnais le
tempo.
Ma mère adorée,
Si je suis devenu un
homme bien,
C'est l'héritage que tu m'as laissé.
Te survivre est une cruauté.
Au sein de ton- paradis, ne m'oublie pas.
Ma mère adorée, je
t'ai beaucoup pleurée.
Quand je suis au plus profond de ma fragilité,
De mon ressenti, de ma sensibilité,
J'ai l'impression
que tu es à mes côtés.
Ma mère adorée,
La vie n'est pas un
long fleuve tranquille,
Surtout quand le faciès ne répond pas
Aux standards recensés.
J'ai pris le parti
d'exploiter le pardon.
Il est temps que le
malheur succombe,
Dans une existence de sincérité.
J'assume avec amour ma berbérité.
. . . Seul
Le visage de la liberté
Bonjour, ma liberté,
tu es invisible à mes yeux, tu ressembles à l'Amour.
Je t'aime, mon soleil d'été, liberté de
mes idées,
ne me quitte jamais.
Dans ce monde désordonné, l'homme que je suis a tout donné.
De ma prison, tu m'as libéré.
Ô ma liberté, mon amour,
surtout, ne change jamais.
Tu as fait écho à mes pensées, désemparé par la folie humaine,
les plaies se sont enfin fermées.
Viens contre ma peau,
liberté de mon esprit, de mon
âme,
tu es le soleil de mon destin.
Montre-moi ton visage,
pour apprendre les mots de
ton langage,
pour t'aimer au meilleur de mon
âge,
même au péril de l'existence.
Liberté, vérité de notre époque,
guide-moi dans mon quotidien,
pour ne pas sombrer dans les
sables mouvants,
pour rester debout face à mes vérités.
Le courage en moi,
ce fruit de ma destinée,
ma liberté reste au cœur de mon regard pour l'éternité.
Geneviève lit un poème de Sophie LE MEST :
Les
fachos et le métèque
cours, cours, le métèque ;
Les fachos sont à
tes trousses
Pour te trouer la
peau, te saigner comme un veau.
Cours, cours le
métèque,
Les fachos sont derrière toi
Pour te saigner à blanc,
Pour t'exécuter sans réplique.
Cours, cours le
métèque,
Les fachos sont derrière tes talons,
Ton cas va être scellé ;
Pour eux, ton allure est sans équivoque.
Cours, cours le
métèque,
Les fachos sont
après toi,
Ils vont te crever
comme un rat,
Le prix à payer pour ta couleur foncée, suivi de mots prononcés.
Cours, cours le
métèque,
Les fachos sont
derrière ton dos
Pour te trucider
sans la moindre pitié,
Périr sûr d'asile et
de liberté — le destin t'a oublié.
Arrête de courir,
arrête de courir, le métèque ;
Les fachos se sont passés le mot,
Ils arrivent de partout pour te lyncher.
Ta peau hâlée, c'est
leur motif,
Un prétexte pour te
chasser, te marquer, te juger ;
Ils voient en toi une faute, un chiffre, une cible —
Mais ta peau porte l'histoire, la force et la dignité.
Ton regard dans le
vide, le métèque,
Tu es .à l'agonie ;
les fachos vont t'achever.
L'au-delà pour te
reposer.
Le pardon est en toi
dans cette éternité ;
C'est, sans doute,
l'amour qui pourra nous sauver.
La Grande Dame
En
marchant vers mes espérances,
Face à moi, je vois venir la grande dame.
Morceau de paradis, âme sublime,
Elle avance — voyage dans la lumière,
Silence dans la prière.
Elle
vient de traverser mon être,
Sa main dans la mienne... je l'aime.
Voici venir la grande dame.
De mes
yeux, j'ai caressé son âme,
Voyageuse du printemps et de l'automne,
À travers l'immensité je l'aime.
Porteuse d'un grand bonheur,
Je suis l'ombre, elle est la lumière.
Beauté du coeur,
La grande dame, la belle rencontre,
Bonheur d'aimer, chanson à chanter.
L'amour, le bien sur terre —
Je la vois, digne héritière.
La grande dame, souvenance au coeur de l'éternité,
Ses doigts sur ma guitare,
Je joue le mi mineur de sa générosité.
Outra
Un amour provenant de l'intérieur,
La route est libre...
Pour traverser la fin des temps.
Femme, mon amour
Je t'aime,
femme d'amour,
dans cette immensité,
tu es le trésor qu'il me fallait.
Au jardin des
sentiments,
rejoins-moi, je t'attends.
Femme,
tu es plus que belle —
comme une hirondelle,
sois rebelle,
c'est comme ça que je t'aime.
Quand je te vois,
tes cheveux dans le vent,
je t'aime dans ta beauté.
Laisse-moi te regarder,
femme, lumière de mes yeux.
Dans mes chagrins, tu
m'as consolé.
En apprenant à pardonner,
j'ai appris à t'aimer.
Femme, mon amour,
un paradis entre mes mains,
ma beauté, mon éternité.
Habille-moi de ton regard,
pour que je livre mes secrets.
Femme, ma raison
d'espérer,
pour toi je veux me raconter.
Les blessures de mon âme,
je veux te les dessiner.
Femme, mon soleil d'été,
tu es l'image de la vérité.
Quand je suis tombé dans l'eau,
tu es venue me sauver,
sur le rivage, tu m'as ramené.
Mon amour,
ma rivière à l'eau pure,
ma rose des champs au printemps.
Ouvre-moi le chemin de ton cœur,
je ferai le voyage pour te rencontrer.
Femme, mon
amour,
ma vérité, ma liberté,
tu es unique,
Au delà de tout.
Laisse-moi
me fondre dans tes rêves,
dans des instants d'éternité,
mon soleil de chaque jour.
L'amour,
c'est toi.
"Arrête


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